Rechercher
  • Ariane Bussière-Fournel

Entrevue avec un Anarchiste

Par Ariane Bussières-Fournel


Afin d'approfondir mes réflexions sur l'anarchie, j'ai décidé d'interroger un montréalais de 28 ans, œuvrant dans la restauration, qui a vécu dans les marges de la société et qui est un anarchiste assumé depuis son adolescence.


Qu'est-ce que la liberté ?


« La liberté permet aux gens de ne pas vivre la discrimination, de ne pas souffrir aux mains de gens qui sont, pour la plupart, privilégiés. La liberté de choisir son sexe, son éducation, son métier, la possibilité de faire une différence. La liberté, c’est le choix. »

Qu'est-ce qu'être anarchiste ?

« Au-delà de la définition étymologique de l’anarchie - le mot grec anarchia, c.-à-d., sans maître ou sans dirigeant - l’anarchie est une vision idéaliste qui est propre à chacun. Contrairement à ce qu’Hollywood et bien des gens nous feront croire, l’anarchie est loin du chaos.


Pour bien des gens et des mouvements, le terme signifie des choses spécifiques. Les Provos (1962-1967) réclamaient que les rues d’Amsterdam ne soient pas occupées par les voitures, qu’il y ait des bicyclettes blanches accessibles à tous et que le rôle des policiers soit diminué à celui d’une gendarmerie n’ayant que des bonbons et des pansements. Pour Georges Brassens (1921-1981), auteur, poète et compositeur, ce sont des textes écrits contre le militarisme, le patriotisme, le clergé et la méfiance de la force policière. Pour Noam Chomsky (1928-), linguiste et professeur, quant à lui, l’anarchie peut être vue sous plusieurs angles afin de contribuer à la société […].


L’anarchie, à mes yeux, est un mouvement social qui met les besoins de la société et de son environnement au cœur de ses principes. Bien loin du chaos et du désordre, l’anarchie n’est pas l’autodestruction d’une société réduisant l’être aux instincts les plus primaires de chacun pour soi et au diable les autres. Au contraire, elle réunit les gens d’une communauté afin d’assurer un bon fonctionnement en coopération et en respect. L’anarchie, c’est la boulangerie du coin maintenue par des gens locaux, c’est la ferme du village qui vend ses produits cultivés avec amour, c’est l’entraide des voisins, c’est la bienveillance, c’est la prévention quant aux ressources limitées. C’est la revendication de ce qui est bien face aux injustices sociales, c’est accepter les gens sans voir de couleur de peau, d’handicaps, de sexes et de statuts sociaux.


Est-ce possible dans une ville englobant 3 millions d’habitants? Absolument pas. C’est une vision idéaliste qui ne se réalise malheureusement pas à grande échelle. Il faut comprendre que malgré l’implantation d’un système politique anarchiste qui se rapprocherait beaucoup plus à la démocratie initiale et non à cette farce dont nous sommes assujettis aujourd’hui, pas tous veulent le changement. Le changement est une chose qui fait peur à l’humain, car cela apporte l’incertitude, l’inhabituel et l’angoisse.


Ne me dites pas que Sans gouvernement, ce sera le chaos! Je maintiens qu’il y a un rôle pour un gouvernement dans une société anarchiste et même pour une force policière, quoi que différent. […] Le rôle d’un gouvernement est absolument nécessaire dans une société moderne et je ne dépeins pas son rôle. En même temps, ce que nous avons en ce moment ne fonctionne pas. Les gouvernements de plusieurs pays sont les otages d’entreprises multinationales; pourquoi pensez-vous que nous produisons encore sans arrêt des véhicules, du papier à base de bois, qu’on prête la sourde oreille aux solutions pour nettoyer l’air que nous respirons ? Être anarchiste consiste simplement à croire en cette volonté de changement. »


En quoi l'anarchisme et la liberté ont-ils un lien ?

« Les deux veulent le mieux pour la société et pour les humains qui l’occupent. L’anarchie et la liberté sont la même chose. D’ailleurs, un synonyme de la pensée anarchiste est l’idéal libertaire. »

Pourquoi avez-vous initialement adhéré à ce mouvement de pensée?

« Parce que cette pensée m’a interpellé énormément à travers des chansons punks. Plusieurs groupes anarcho-punk du début des années 80 au Royaume-Uni m’ont touché avec leurs paroles hargneuses et vraies. Un mouvement similaire à la même époque se fit entendre aux États-Unis par le mouvement hardcore qui dénonçait beaucoup les abus policiers et l’administration de Ronald Reagan. Pour un adolescent, cette musique avec tant de passion et de revendication m’a inspiré à m’instruire davantage sur ce que m’entourait : la politique, l’environnement, les injustices sociales et l’économie. Je suis un fier anarchiste depuis mon adolescence! »


Qu'est-ce que cela comprend (mode de vie, boycott, actions quotidiennes) ?

« Aujourd’hui, il faut faire entendre sa voix face aux injustices sociales, aux mouvements de haine, aux utilisations inutiles des ressources limitées de la planète. Ce sont les petits actes qui peuvent aider une personne à sentir qu’ils contribuent au changement. En réalité, changer un système prendrait un coup d’état : jeter dehors le système politique en place et bâtir quelque chose de nouveau. Une alternative malheureusement violente, et ce n’est pas réaliste de croire que ce changement surviendra dans un environnement nord-américain aujourd’hui. Alors, ce qu’il nous reste rationnellement à faire, ce sont les petites actions : faire son épicerie en achetant les produits locaux, n’utiliser que des contenants de chez soi pour réduire le gaspillage de carton et de plastique. Encourager l’économie locale des agriculteurs afin qu’ils n’aient pas à exporter leurs produits à des milliers de kilomètres, créant des empreintes écologiques énormes qui sont en ce moment irrécupérables. Aider une personne en difficulté à traverser la rue, montrer qu’il y a encore du bon dans ce monde, que l’humain n’est pas totalement corrompu par le désir d’accroître ses avoirs individuels. Être humain et penser à son environnement. Par environnement, j’entends ici non seulement notre écosystème, mais aussi l’environnement social qui nous entoure. Prendre les transports en commun, payer des taxes afin que l’on puisse bénéficier d’avantages sociaux tels que l’assurance médicale, la lutte contre le chômage, l’éducation gratuite, etc. »

18 vues
  • White Instagram Icon

© Copyright 2020 par la Maison de Jeunes RadoActif.

Nous Contacter

Tél: (514) 303-8900

info@mdjradoactif.com

Adresse

6115A rue Jogues
Montréal (Québec) H4E 2W2